mercredi 18 mai 2016
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Kristallnacht: l’indicible horreur

Dans le cadre de la 75e commémoration de laNuit de Cristal (Kristallnacht) en Allemagne, Charlotte Lintzel, née en 1932 à Berlin, nous a confié son récit de vie et ses souvenirs du pogrom contre les juifs du Troisième Reich.

À Berlin, le 9 et 10 novembre 1938, Charlotte Lintzel se souvient de la peur qui s’est immiscée sournoisement dans le foyer familial. Les souvenirs de la Nuit de Cristal sont flous, car elle est alors âgée de six ans, mais l’angoisse, elle, est encore descriptible aujourd’hui. Devant les ambassades et les consulats, «c’était la cohue», nous raconteCharlotte. Des Juifs espèrent décrocher des papiers pour fuir le pays, mais les places sont limitées et les frontières fermées. La famille de cette fillette restera donc en Allemagne.

«Je me souviens que ma mère a toujours imploré mon père de quitter le pays. Mais il était Allemand aussi. Il a fait la Première Guerre mondiale, donc il n’a pas pu envisager que cela arrive. Personne n’a voulu croire à ça; tout le monde disait que ça allait se calmer. Mais après c’était trop tard pour fuir», raconte Mme Lintzel.

Trop tard pour fuir, Charlotte a dû vivre cachée jusqu’à la fin de la guerre. Heureusement, ses voisins l’ont emmené vivre en Silésie. Jusqu’en 1945, elle est passée dans les mains de plusieurs familles pour arriver à survivre. Ses tantes, ses frères et sœurs, eux, n’ont pas eu la même chance. Seule sa grand-mère fut rescapée de la Shoah, ayant frôlé la mort dans le camp de concentration de Theresienstadt. Elle fut témoin de la Bataille

de Berlin à son retour à l’âge de 13 ans.

«Vraiment, mes premiers souvenirs datent de 1945. Avant, tout ce que j’ai vécu est flou comme si j’avais enfoui ça dans mon for intérieur. En 45, je me souviens de la Bataille de Berlin. Tout le monde a eu peur, mais nous étions tellement heureux de voir les Russes», souligne-t-elle.

La peur s’est dissipée à la fin de la guerre, mais c’est le sentiment de ne plus «se sentir chez soi» qui l’a remplacée. C’est ainsi qu’à 21 ans, la jeune fille décide de partir au Canada avec pour seul bagage, une valise et dix dollars en poche.

«La majorité à l’époque était à 21 ans, mais si j’avais pu je serais partie avant. Et puis il y avait ma grand-mère à Berlin. J’étais très attachée à elle. Il n’y a pas une journée où je ne pense pas à ma grand-mère encore aujourd’hui. Mais elle m’a dit de partir, que c’était mieux pour moi. À ce moment-là, on ne voulait pas vivre parmi eux en Allemagne», commente-t-elle.

Après être retournée plusieurs fois à Berlin, la survivante avoue que c’est seulement cette année, lors d’un voyage, qu’elle s’est sentie chez elle, en Allemagne.

«Pour la première fois cette année, je me sentais chez moi à Berlin, c’est bizarre. Les gens ont changé. Ce sont maintenant des jeunes. Les vieux qui ont vécu la guerre, les enfants pendant la guerre, ils ne sont plus là. C’est une génération totalement différente et on se demande comment c’était possible que tout ça se soit passé en Allemagne il y a 70 ans», constate-t-elle.

Comme participante dans l’organisation de la 75e commémoration de la Nuit de Cristal au Centre Gelber, Charlotte Lintzel pense qu’il est important de faire connaître la haine subie durant Kristallnacht et les pogroms auprès de la population juive.

«Les génocides ne se sont pas arrêtés dans le monde. Qu’avons-nous appris de l’histoire pour tenter de stopper cela? Apparemment rien du tout. Je ne pense pas malheureusement que le monde a tiré une leçon de ces événements», avoue-t-elle.

Alice Braud
Photo : Michaël Monnier

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